
Confisquée
C'est
sans scrupule que les partisans de la "démocratie coloniale" s'accaparent
la mémoire et la parole des esclaves. S'ils consentent par légitimisme
envers la Métropole à ne pas s'opposer à la loi d'abolition,
leur considération pour les Africains n'a pas changé.
Le
Courrier républicain de l'Ile de La Réunion du 18-08-1848,
n° 278, p. 2, quatrième colonne, "Adresse et protestation à L'Assemblée
nationale», non signée. Le même journal considère,
un peu plus loin (sous la signature de D. Barquissau), son nouveau confrère
La Démocratie coloniale comme son "frère en socialisme".
La Démocratie coloniale du 16-10-1848, n° 12, p. 1, troisième
colonne. C'est moi qui souligne.
Sur la contradiction des sans-culottes de La Réunion, lire la conclusion
de Claude WANQUET : Histoire d'une Révolution, La Réunion (1789-1803),
thèse de doctorat d'Etat, Université de Provence, 1978 ; Marseille, éd.
Jeanne Lafitte, ; t. III, Le temps des orages (juillet 1796-1803), 1984.
Le Courrier républicain du 15-09-1848, n° 282, p. 2, deuxième
colonne : "Par l'association, ils deviennent immédiatement propriétaires.
Les idées de respect, d'ordre et de conservation naissent instantanément
chez eux.".
Nous retiendrons ce terme parce qu'il est extrêmement révélateur,
et parce qu'il provient de ses partisans eux-mêmes. Notons qu'il laisse à entendre
que la "démocratie" peut être accaparée, mais
qu'elle peut être aussi décolonisée.
"La
République a dit : nulle terre française ne peut porter d'esclaves
: c'est bien ! Ce que veut la République nous le voulons ; nous
le voulons contre nous, mais aussi pour nous, et il ne serait pas digne
de la République de nous imposer un esclavage moral en même
temps qu'elle détruit à côté de nous l'esclavage
matériel."
(…)"Réunissez-vous donc à vos délégués,
concitoyens des communes, pour proclamer à la face du monde et en
présence de la France qui, à votre noble langage vous reconnaîtra
pour ses dignes enfants, que c'est avec une joie sincère et profonde
que vous entendrez sonner dans votre pays la dernière heure de la
servitude : Dites-lui, dites-lui bien avec nous que la servitude vous pesait
autant et plus peut-être, à vous, maîtres, qu'à vos
esclaves eux-mêmes ; que depuis longtemps vous détestiez l'esclavage,
non par les raisons qui le fesaient (sic) repousser en Europe aux ennemis
des colonies, car ces raisons n'étaient que des erreurs ou des calomnies,
mais parce que l'esclavage des noirs était une barrière d'airain
placée entre vous et le cœur de la France, et que vous éprouviez
le besoin généreux de vous sentir réchauffés
au foyer de ce cœur maternel. (...) Ah ! Dites-lui bien haut que vous
saluez aujourd'hui, dans la cessation prochaine de la servitude, votre propre
réhabilitation politique, votre avènement même à la
liberté, puisque c'est seulement du jour où vous n'aurez plus
d'esclaves que la France daignera vous élever au rang de citoyens
français en vous admettant à un partage égal de droits
avec vos frères de la Métropole. (...)
Voici d'après nous quels auraient dû être l'esprit et
les tendances du programme des représentants des Communes et l'attitude
que la Colonie avait à prendre vis-à-vis de la France."