

Niée
Qu'est-ce
qu'une fête pour les Réunionnais, aurait-on pu poser comme question
préalable ? La réponse peut nous être donnée par
une lecture attentive d'un ouvrage d'Henri Azéma : "Les plaisirs à Saint-Denis ».
Il suffit de faire une étude des champs lexicaux de ce texte et de
se demander à quoi renvoie le mot "fête". On peut,
par comparaison, se poser la même question au sujet de l'emploi des
mots "20 décembre" dans l'"Histoire de la ville de
Saint-Denis" du même auteur .
L'évocation de cette date sonne à chaque fois comme le rappel d'une sorte de munus administratif, d'un "fardeau de l'homme blanc". Il est donc question successivement de "vagabondage" et de "travail obligatoire" (p. 110), de "crise financière" et d'"indemnité" (p. 118), de "fête du travail" (p. 126), d' "instruction publique" (p. 127), de "santé publique" (pp. 127-128), d'"eau" (p. 132), et de "recensement" (p. 153). A l'occasion de cette dernière mention, on apprend que :"La plupart de ces hommes du 20 décembre 1848 n'avaient point d'existence légale".
Gérard NOIRIEL, Réfugiés et sans papiers. La République
face au droit d'asile. XIX°-XX° siècle, Paris, Pluriel / Hachette
Littératures, 1991, pp. 90-93.
En paraphrasant Mona OZOUF qui se demande : "Quels sont les ingrédients
nécessaires à la plénitude d'une
fête ?", La fête révolutionnaire, 1789-1799, Paris,
Folio / histoire, 1989, p 31.
Henri AZEMA, ouv. cité (voir note 8 de ce chapitre), pp.232-300.
Les deux textes ont été regroupés dans l'édition
de Grand Océan (collection "Les introuvables de l'océan
Indien"), il s'agit donc du même ouvrage cité en note 8.
C'est moi qui souligne. Le slogan "Tous nés en 1848" utilisé pour
les commémorations en Métropole vient de loin... On peut remarquer
qu'il en va de même de nos jours pour les réfugiés qui
n'ont pas d'existence aux yeux de l'Administration tant que ne leur ait pas été affectée
une nationalité. Voir, Gérard NOIRIEL, ouv. cité, p.83,
et encore p. 155 :"A partir du moment où la société construit
des catégories précises composées d'individus bénéficiant
de ses faveurs, comment faire pour reconnaître à coup sûr
ceux qui ont effectivement droit aux avantages consentis ?".
