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1848 : l'abolition définitive.
« Nulle terre française ne peut plus porter d'esclaves » :
un débat à l'Assemblée nationale constituante le 1er décembre
1848.
Rétabli sous Bonaparte par la loi du 27 floréal an X (17 mai 1802), l’esclavage est définitivement aboli le 27 avril 1848. Le décret du Gouvernement provisoire du 4 mars 1848 créant la commission d’abolition de l’esclavage précise que « nulle terre française ne peut plus porter d'esclaves » (voir le décret du Gouvernement provisoire du 4 mars 1848 instituant une commission pour l'émancipation des esclaves dans toutes les colonies de la République et l'arrêté fixant la composition de la commission).
Selon les considérants du décret d'abolition du 27 avril 1848, « l'esclavage est un attentat contre la dignité humaine ; [...] en détruisant le libre arbitre de l'homme, il supprime le principe naturel du droit et du devoir ; [...] il est une violation flagrante du dogme républicain : Liberté, Égalité, Fraternité. L'abolition de l'esclavage s'applique dans toutes les colonies et possessions françaises dans les deux mois de la promulgation du décret dans chacune d'elles. 250 000 esclaves noirs ou métis aux Antilles, à la Réunion et au Sénégal sont ainsi libérés.
Le décret du 27 avril 1848 interdit absolument « tout châtiment corporel, toute vente de personnes non libres ». Il interdit à tout Français, même en pays étranger, de posséder, d'acheter ou de vendre des esclaves, et de participer, soit directement, soit indirectement, à tout trafic ou exploitation de ce genre. Toute infraction à ces dispositions entraînerait la perte de la qualité de citoyen français ». L'article 7 précise que « Le sol de France affranchit l'esclave qui le touche. »
Le
principal instigateur de cette mesure, Victor Schœlcher, est élu
représentant du peuple à la Guadeloupe et à la Martinique.
Optant pour la Martinique, il fait ainsi entrer à l’Assemblée
nationale constituante son colistier guadeloupéen Louisy Mathieu,
un ancien esclave âgé de trente et un ans, ayant pour suppléant
Henri Wallon..
Assemblée nationale constituante (séance du 1er décembre
1848)
Extrait du
Moniteur Universel, journal officiel de la République.
Le
citoyen Louisy Mathieu :
Citoyens représentants,
je n’aurais jamais eu la prétention de monter à la tribune,
parce que ma faible capacité me le défendait ; mais aujourd’hui
j’y suis obligé, et je parais devant vous comme le gage de l’union
et comme le drapeau de la fraternité. Je
viens remercier la France de la liberté qu’elle a donnée à mes
frères, car c’était le seul poids qui restait à la
nation française.
Citoyens représentants, oui, je remercie tous les abolitionnistes, car vos noms sont vénérés dans les cœurs de ma race ; la signature que vous avez apposée sur l‘acte sacré de l’émancipation vous servira de certificat de conscience là-haut, devant le tribunal céleste. Il n’y a plus de couleurs. (Très bien ! Très bien !)
Je viens répondre quelques mots.
On a parlé du suffrage universel. Au moment des élections aux colonies, un certain nombre de mes frères, ignorants, avaient cru que les bulletins étaient leurs pièces de liberté.
On dit que, j’ai même entendu dire que, si nous ne votions pas d’ici à demain, nous serions morts. Devant mon collègue, j’ai passé toute une journée à feuilleter sur les listes électorales des colonies pour chercher plusieurs noms qu’on n’avait pas inscrits.
Si vous attaquez le suffrage universel, ces hommes croiront que vous attaquez leur liberté ; et, en définitive, n’avez-vous pas dit dans votre constitution qu’il y a 750 représentants, y compris ceux des colonies ? Je ne sais si j’ai mal compris. Or donc vous n’avez fait que vous reporter sur ce que vous avez déjà voté. Peut-on attaquer ce que vous avez déjà voté. Peut-on attaquer ce que vous avez voté vous-mêmes ? Car vous avez voté la constitution, vous avez fait la constitution, vous ne pouvez plus l’attaquer.
On a dit qu’il faut des sévérités aux colonies. Non, messieurs. Je vous dirai que mes frères sont plus doux qu’on ne pense. Mais si vous arrivez à sévir, à les brutaliser, vous avez l’homme sans éducation, sans moralité, qui, quand on le poursuit, devient brute ; de cette manière, on ne peut en rien faire de bon.
Je vous engage plutôt à user de modération. Je suis l’ami du travail, car je veux le bonheur de ma race, et je sais que quiconque est libre et ne travaille pas retombe bientôt dans la misère, et, par suite, dans l’esclavage…(Très bien ! Très bien !)
Mais
je demande que vous ayez tous les égards pour eux ; que vous ne
leur imposiez pas une loi du travail ; que vous laissiez le travail libre
; car que deviendrait la liberté de l’homme, si vous voulez
le rendre esclave par des lois ? Non, il y a là impossibilité ;
il faut, pour que l’homme fructifie dans son travail, que son travail
soit libre.
BIENVENUS SUR LE RESEAU SOUBOU.